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08/08/2007

Lettre d’amour posthume

Voici un extrait de « Paroles d’amour. Un siècle de lettres d’amour (1905-2005) », sous la direction de Jean-Pierre Guéno :

« C’est toi qui m’a fait signe. Tu m’as vu un peu perdue à l’entrée de cette grande salle à manger pleine d’étudiants inconnus ; tu m’as regardée et tu m’as fait signe de venir m’asseoir à côté de toi. Tu m’as choisie. J’avais vingt ans et je sortais d’un grand chagrin d’amour. Toi, tu renaissais après la Gestapo et la prison.

Janvier 1945 plein de douleur encore mais aussi de promesses… Tu m’as entraînée dans ton envie de vivre. Tu as creusé la trace et, sans m’en apercevoir, je t’ai suivi. Et oui, je t’ai rencontré de face ; nous nous sommes reconnus : moi avec mes exigences et mes révoltes, toi, les pieds bien plantés dans le sol. L’homme du quotidien, celui qui sait déjà que chaque jour doit peser son poids. Et nous avons marché ensemble pendant trente ans. Pendant ces trente années, moi aussi, j’ai eu l’occasion de te choisir une fois. Dans le trouble, dans le doute et l’espérance, malgré le courant qui m’entraînait, comme un noyé s’accroche à son radeau, je t’ai choisi et la mer s’est calmée. Joie de regarder nos enfants dormir avant d’aller nous coucher ; bonheur des nuits partagées, corps contre corps, chaleur et fraîcheur mélangées ; plaisir des caresses et des combats alternés ; plaisir du plaisir de l’autre ; désir qui submerge tout et laisse ensuite pantelants dans la confusion des corps et dans la communion des cœurs. Tout cela, nous l’avons connu avant de le perdre. Car tu t’es enfoncé peu à peu dans le marais boueux de la maladie. Et nos beaux mots d’amour secrets ont été remplacés par des barbarismes médicaux créés sur la place publique de l’hôpital : apraxique, aphasique…

De qui parle-t-on ici ? Mais rien n’a pu nous séparer. Nous étions cousus ensemble, à petits points et à points lancés ; et la couture a tenu bon. Douleur et tendresse, présence mystérieuse au cœur de la maison, jusqu’au bout tes yeux m’ont parlé. Et jusqu’au dernier jour, ton regard m’a fait signe. »


Lette posthume écrite par Denise à Bernard, décédé au terme d’une épouvantable maladie d’Alzheimer qui a duré six ans, Lyon 1992.


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